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Allez en P

P comme Partir

Pour les ingénieurs du son, le P c’est l’ennemi. Pour les membranes des micros, le P c’est l’ennemi (surtout pour ceux d’entre nous, plus nombreux qu’on ne pourrait croire, dont le papa est pompier à Perpignan). Faire un P c’est produire un vent buccal classé 12 sur l’échelle de bouche-fort. C’est l’équivalent de tremper son pouce dans l’encre au lieu de poser sur le papier un paraphe particulièrement professionnel.

Pouah ! Me direz-vous ? Précisément. Cet oxygène et cet azote sont l’objet d’une forward propelling directionality si redoutable qu’on blinde les instruments de prise de son du monde entier dans de seyants bonnets en acrylique sauvage portant ou le nom le logo d’un institut de phonographie ou de radio- ou télé-diffusion.

Partir pour pondre un P : plutôt facile. Pratiquer une arabesque aérienne avant de plonger vers le sol ou bien planter sa plume et partir à la verticale pour finir par un nuage élégant.

Les mots du P sont pénétrants, personnalisés, paranormaux, paranoïaques bref pas des poètes penchés sur des pâquerettes en papier paraffiné. Le paradis se trouve dans le chapitre P du dictionnaire. Lecteur, lectrice, quel mot commençant par P te propulse presto dans un pâturage paradisiaque ?

P.S. Bon week-end, Pascal !

O’rage O’désespoirs

Le O est la lettre la plus simple à tracer et pourtant son portrait risque d’être un des plus longs de la série…

Ecrire un O c’est faire des choix : tracer un cercle dans le sens horloger ou faire un rond dans la page et dans le sens anti-horloger. Fermer le cercle ou le laisser la bouche entr’ouverte, le terminer par une houpette élégante (ou pas).

Prononcer un o c’est faire avec sa bouche le dessin de cette lettre (essayez avec un «w» ou «k» pour voir…).

Oh !

Le O c’est la lettre du milieu dans un S.O.S. Dans l’aide-mémoire de l’alphabet morse, cette lettre si ronde symbolise la longue qui s’écrit avec un trait horizontal. Pour le U de Union c’est point-point-barre. Pour les trois barres du O c’est le mystérieux et exotique «Oporto». Pour le -··· du B, la technique mnémotechnique c’est «Bonaparte», etc.

On dit même que nasalisée avec un n, le O devient «on» c’est à dire personne, tout le monde, l’arme favorite des lâches et des lanceurs de on-dit dans le dos.

Quand il sort le dimanche, qu’il va voir sa belle, qu’il fait la cour à une belle demoiselle, au puissant du moment ou à un joli rossignol (c’est un exemple), le O s’orne d’un chapeau chinois. Ô jolie lettre que tu es belle et que tu sens bon lui dit un jour un parfumeur… En suédois, il un tréma sur la tête se prononce «eu». En danois, il porte une ceinture de sécurité et se prononce «eu» aussi. Ils sont fous ces Danois…

Les mots du O sont obéses, gonflés des vitamines de l’orange, oniriques comme l’opium, osés ou obligatoires, opiniâtres et
organisés. Pourtant ils opinent, ondulent, obliquent au risque de se faire opportunément occire à l’Opéra. Ils sont Open (voire OpenOffice). Difficile de faire la sourde oreille aux charmes de l’organdi. En octobre, le temps se fait ouaté, il devient temps de fermer les orifices de la maison et d’occire les courants d’air.

Le O c’est une des lettres qu’on oublie parfois dans mon prénom. Ca m’attriste et le plus triste c’est que j’en ai presque pris l’habitude.

Ô lectrice, ô lecteur, as tu un mot qui commence par un O et qui t’es plus précieux que les autres.

N-emi ? Nenni !

N

Ecrire un N c’est passer de Charybde en Scylla et retour, c’est un mouvement alternatif qui plonge des sommets de l’optimisme aux abysses de la déprime, et retour, c’est une fusée de feu d’artifice qui part dessiner un bouquet dans le ciel de la page, qui retombe sur la droite en diagonale élégante et se relève aussi sec. C’est Rocky Balboa qui monte triomphalement sur le ring, qui va au tapis dans le septième round et qui parvient quand même à mettre son adversaire k.o. avant le dernier coup de gong. Pour la lettre emblématique de la négation, elle est donc fort positive…

Prononcer un N c’est faire une grimace de singe en colère parce que c’est l’hiver. C’est chasser de l’air par le nez (d’où le nom de cet organe ?), tout en plaquant ferment la pointe de la langue sur le palais C’est nier, négationner, nuire… Pas étonnant que cette posture soit l’initiale de tout ce qui ressemble à une négation.

Les mots du N sont noirs, nocturne, nerveux, parfois nicotiné, parfois nourissants, de moins en moins souvent napoléoniens. Ne nous voilons pas la face : il y a de la nudité nue dans les mots en N. Les mots en N c’est tout un numéro nerveux et nocturne. Une coquille de noix nomade dans la nuit.

N’y a -t- il pas dans ton vocabulaire un mot cher à tes neurones du coeur ? Nous attendons, estomac noué, de le connaître, ami lecteur, amie lectrice.

M-ez vous Serge Gainsbourg ?

M

Edition spéciale pour le « M ». Il y a 15 ans (jour pour jour…), le chanteur le plus sipide de toute la langue française s’en allait, le zippo devant, pour le grand piano-bar dans le ciel (où depuis on a dù vraisemblablement installer un extracteur de fumée).

A quoi bon aquoiboniser sur cette consonne occlusive bilabiale voisée mais auss nasale (comme monsieur Gainsbourg). Je ne vais pas m’étendre mollement sur sa signification maternelle, ni allitérer ad libitum sur son physique majestueux de chapiteau, l’occasion est trop belle de laisser la parole à Lucien Ginzburg a.k.a. Serge Gainsbourg :

Dis-lui toi que je t’aime
Ou programme-moi sur I.B.M.
Je n’aimerais pas le blesser
Je m’rends compte que pour compte nous l’avons laissé
Dis-lui toi que je t’aime
Et qu’il se branche sur la F.M.

Mais aussi :

Dans le mot je t’aime
Trop de m
Et jamais un seul n
Dans amour toujours
C’est le pour
Ou le contre c’est souvent la haine
On s’dévisage
On m’envisage
Comme une fille que je ne suis pas
Je m’exile
Trop fragile
Mille et une nuit m’éloignent de moi
Dans le mot je t’aime
Tandem
Autant dm
Parfois ça brille comme un diadème
Toujours le même thème
Tandem
C’est idem
Bientôt le crash
I don’t know when
Tu es fort en thème
Math-elem
Mais en math-sup tu deviens blème
Dans amour toujours
C’est le pour
Ou le contre on récolte ce que l’on sème

(…)

gainsbourg

En matière de M, dans la musique française, la relève est assurée.

chedid : the next generation

Dis moi quel est ton mot en M que tu aimes le plus, si tu le souhaites lecteur ou lectrice, mais aujourd’hui j’ai plus envie de te demander quelle est chanson gainsbourienne (et donc forcément classieuse)- que tu préfères…

A tire d’L

Voilà une lettre, que dis-je, une consonne spirante latérale alvéolaire voisée, dont le nom est on ne peut plus féminin et sur la graphie de laquelle on chercherait en vain des courbes voluptueuses et caressogènes. À force de commencer un nombre incalculable de phrases, cette lettre s’est desséchée au point d’adopter un dessin ascétique, un design assèché en soufflerie, suite, sans doute, à un régime protéiné ultraminceur spécial consonnes à haute teneur en initiales. L’L (qu’est-ce que je disais à propos de commencer des phrases…) c’est une moitié de rectangle, un angle droit dont les deux branches ne sont de longueurs égales que par de bien improbables hasards typographiques.

Aile, L, elle, etc.

L’L donc sert de piste d’envol à des foultitudes de phrases. Elles servent de piste d’envol à des amourettes, des flirts ou carrément des histoires passionnées (longue durée en option), des romans, des chansons, des scénarios, du chef d’oeuvre multi-oscarisés au straight-to-video, bref la meilleure moitié de la culture mondiale. Ça ne peut pas être un hasard.

Tant qu’on est dans le cratylisme lacanien de café du commerce, si en Français « mer » et « mère » sont siamois de son voire de sens (allongez-vous, parlez-en à qui de droit et allongez-lui l’oseille réglementaire…) le duo « mer- elle » se retrouve en anglais (sea – she), en néerlandais (zee – ze) et donc probablement en allemand (mer = see). Se pourrait-il que ce soit le cas dans ahem… toutes les langues du monde ? Que fait l’UNESCO ?

En attendant, lecteur, lectrice, à part « lecteur » et « lectrice » quels sont tes mots en L préférés ?

Le cas du K

Voilà une lettre qui a inspiré Dino Buzzati, Franz Kafka et heu… Alexandre Arcady. Bref, une lettre qui part dans toutes les directions.

le K

Le K n’a pas l’exclusivité de sa prononciation. Le C et le Q lorgne sur sa part de voix. Le K est une lettre qui se retrouve dans l’alphabet un peu par hasard sans y avoir été réellement invité. Il se cache près du bol de sangria en espérant que l’alcoolémie du maître de maison décuple son hospitalité.

Ecrire un K c’est compliqué (j’ai résisté à la tentation d’écrire « kompliqué »). D’abord la verticale et puis l’angle vaguement droit et carrément en diagonale par rapport aux perpendiculaire du quadrillage de la feuille ? Ou bien tracer deux angles vaguement aigus qui se rejoignent à peu près à mi-chemin ? Commencer par l’angulation et revenir sur la senestre pour strier de la verticale ?

Les mots du K sont kafkaïens ou kantiens (amis des philosophes, bonjour…), s’ils ne s’achètent pas une nationalité en se vêtant d’un kimono kaki souillé de ketchup, ils ont un intérêt à avoir leurs papiers en règle sur eux tellement ils n’ont pas toujours l’air très kasher. Ils sont tellement rares qu’ils se sont serrés dans quelques minces pages du dictionnaire pour avoir un peu chaud. Quand ils ne sont pas d’une longueur kilométrique, ou maquillés au khôl, ils sont revêtus d’un K-way fabriqué dans un komsomol.

J’arrête la liste là, je ne voudrais pas te priver du plaisir de me dire kel (je craque…) est ton mot en k préféré…

Si J

Le J est cette lettre un peu pompeuse qui commence le Je et qui le fait savoir à grand coups de courbes en dessous de la ligne de flottaison et de barre de maintien horizontale ou de point flottant dans l’éther. Ecrire un J c’est aller à la pèche à l’ego.

si J

Consonne cousine du G, déformation du I, le J n’a qu’une prononciation et demi, ce qui fait des vacances à tout le monde. Le G et le J sont pourtant liés à mort : aucun J dans le verbe « gésir » (ci git…). C’est logique : ce son est produit en étranglant le flux d’air qui vient de se frotter aux cordes vocales.

A part le Je et une flopée de prénoms, les mots ne se bousculent pas au portillon pour débuter par J. Il y a bien quelque jazzmen en jeans qui jouent juste à côté de juke-box pour les jésuites de la jet-set, quelques jeunets joggeurs qui ont mal aux jointures à force de jongler entre les joncs et les jokaris, mais à part eux, il n’y a pas grand’monde…

Je te le demande : y a -t- il un J qui te fasse jouir plus que les autres, lecteur ou lectrice ?

I comme…

I comme

Ecrire un « i » c’est faire le point. Ecrire un « i », c’est tracer un point d’exclamation à l’envers. Ecrire un « i » c’est hésiter sur l’itinéraire ; d’abord faire le point et descendre en rappel le long du quadrillage ou partir des fondations, sur la ligne de départ et faire du point un bouquet final ?

Dire un « i » c’est avaler un citron. Dire un « i » c’est faire une grimace imagée qui ne dure heureusement que le temps d’une voyelle. On traîne rarement sur un « i » et on passe avec soulagement à la consonne suivante. Associé à d’autres voyelles, le « i » s’adoucit et donne des pieds pour avancer dans la nuit.

Les mots du « i » sont ironiques, imagés, imaginatifs, inventifs, irrationnels, immobiles, insensés, inespérés, isolés, innocents, incendiaires, bref… de fortes personnalités.

As-tu, lecteur, lectrice, un mot en « i » qui te soit plus chaud au coeur que les autres ?

H et menu

H

Le seul intérêt du H c’est que comme le T, le R, l’S et l’O c’est une lettre dont le son désigne un objet. Sinon cette espèce d’ossature en fer pour skyscraper chicagolais s’affiche en tête de gondole, se mêle à un C pour chasser l’air hors de la buche ou à un P pour phaire phuir ce qu’il y a dans le pharynx.

Lecteur, lectrice, j’ose à peine te demander si tu as dans ton vocabulaire un mot que chéris et qui débute par cette consonne.

G-essaime

Le G c’est un téléphone sans fil dont on demande de couper la sonnerie dans les salles de spectacle. Mais c’est aussi une des 26 lettres…

G-essaime

Tracer la lettre G c’est tracer un ovale ou un cercle, ébaucher la forume d’un visage par exemple, ou d’un réservoir de gaz en forme de sphère (c’est un autre exemple) et y greffer un plongeoir pour se jeter, bonnet de bain en tête, sur la voyelle suivante. Ou la consonne, ça dépend.

Pour quelqu’un qui vit dans ce pays bilingue, cette lettre c’est aussi la prononciation made in Gouda. Ce son quasi intranscriptible mais quand même plus proche du R.

Prononcer un G dans la langue de Molière, c’est devoir choisir entre – accrochez-vous – une consonne fricative post-alvéolaire voisée (cage, cagibi, gibus, géant) ou bien une consonne occlusive vélaire voisée, paraît-il plus dure à prononcer que les autres.

C’est la lettre des géants, des génies, du génôme, du géranium, de la géologie, de la géographie (ça sent la craie de tableau et la blouse de laboratoire) du garage, du gigolo, du giga, du gigot (combo !), du grain, du gras, du gros, du gris, des Grisons, de la guise (duc de), de guingois, de l’archange, des gourous, des Gontran, des Guignols de l’info et d’ailleurs… (à la demande générale, j’ajoute que dans la blogochose, cette lettre évoque un liégeois).

Grave interrogation garantissant la grippe : as-tu un « G » que tu souhaites communiquer au groupe, grand ami lecteur, grande amie lectrice ?

P.S. Démonstration par l’image que le G est aussi l’initiale de Glamour

plongeoir à glamour