texte

Un service de télé-surveillance pour seniors qui vivent seuls chez eux fait sa pub en appelant “Madame Laurent… Télé-Secours à l’appareil…” Mais pourquoi est-ce que Madame Laurent ne répond jamais ?
Madame Laurent

  • Madame Laurent est au milieu de la piste du Mirano : elle n’entend pas à cause de la sono.
  • Madame Laurent est en train de remplacer la pile de son sonotone
  • Madame Laurent arrondissait sa pension en travaillant dans une mine au Chili et…
  • Madame Laurent s’est offert le nouvel iPod
  • Madame Laurent est en train de manger chez Bruneau et les voisins de table parlent vraiment beaucoup trop fort (dans deux langues semble -t- il)
  • Madame Laurent est dans un tunnel : elle ne capte pas
  • Madame Laurent fait encore quelque piges pour France 3. Aux dernières nouvelles, elle était en reportage en Afghanistan
  • Madame Laurent boude parce que quand elle envoie un appel de détresse, Télé-Secours lui envoie toujours des infirmières et jamais un bel infirmier jeune, vigoureux et célibataire
  • Madame Laurent répond beaucoup mieux quand on emploie son nom de femme mariée : “Bettencourt”
  • Madame Laurent n’écoute pas la radio
  • .

Photo : Smithsonian

flattr this!

{ 1 comment }

harlequinades-musso-levy-couverture

“Si seulement tu comprenais” : ni Guillaume Musso ni Marc Lévy n’ont encore emprunté ce titre à Jane Corrie alors que pourtant, avec la bonne quatrième de couverture…

Que se passe -t- il quand on concocte un mini-texte en choisissant le début du premier paragraphe d’une page choisie au hasard (une variante de la technique de la page 100) ? Le résultat, fourni par les pages 11, 19, 41, 45, 64, 83, 99, 103, 117, 128, 146 est à la fois cohérent et énigmatique.

Jugez plutôt :

Cassy avait été finalement assez contente, alors, de ne pas s’éloigner. Sylvia lui fit face et la dévisagea longuement. Mais au même instant, un groupe de touristes s’était approché du conducteur et monta dans la voiture avec des cris de joie. Profondément affectée, bouleversée, Cassy eut envie de révéler toute la vérité à Julien. Son sourire s’évanouit. Il était injuste de classer Julien dans cette catégorie peu recommandable. Une voix familière et indésirable résonna derrière elle. L’ineffable Réginald la rejoignit en trois pas. La main de la jeune fille se crispa sur le récepteur.

- Bien, je ne peux pas me prétendre navrée ajouta -t- elle d’un air malicieux.
- C’est magnifique, n’est-ce pas Greg ?

Cassy arriva à l’aéroport de Londres à l’aube le lendemain matin. Une pensée ne cessait de la hanter, avec une insistance déprimante, en dépit de tous ses efforts pour la chasser : et si Julien avait décidé de prendre sa revanche ?

Si du wi-fi parvient à se faufiler sous le marbre funéraire du cimetière de Montmartre, le bon Marie-Henri Beyle doit se gratter d’aise dans son mausolée en constatant une fois de plus à quel point il avait raison en écrivant “Les mots les plus importants d’un roman sont ceux qui n’y sont pas.”

Heureusement, deux bonus en fin de volume viennent rappeler qu’on est bien dans la collection Harlequin :

[click to continue…]

flattr this!

{ 3 comments }

Livrer en un seul post une analyse des 12 chapitres de “Souvenir d’une nudité” heu… “Souvenir d’une nuit d’été” serait une faute bloggesque grave : d’une part parce que l’actualité ne se bouscule pas précisément au portillon, d’autre part parce que “Souvenir d’une nuit d’été” est vraiment très croustillant. Marie Ferrarella : bravo l’artiste, c’est du tout grand !

harlequinade-nuit-ete

Chapitre 1 :

Slade Garret, journaliste de guerre, ex-fumeur, a brusquement, comme le hasard fait bien les choses envie de revoir un coup d’un soir d’il y a… neuf mois. On n’est pas dans la collection “Superpapa” pour rien. Avant de sortir de sa voiture, il se la joue flash-back

* La première phrase :

Slade Garrett s’étira autant que le permettait l’exiguité de sa voiture et contempla d’un oeil perplexe l’édifice de béton et de verre qui surplombait le parking.”

* La meuf

Pour décrire la donzelle, la maison Ferrarella ne se moque pas de la clientèle : “Elle portait une robe du soir bleu nuit, dont l’étoffe légère épousait chaque courbe de sa longue silhouette. Le décolleté en coeur laissait deviner sans rien en montrer deux seins parfaits. La finesse de la taille, l’arrondi des hanches, le galbe du mollet atteignaient ce degré de perfection qui se rencontre plus souvent sous le ciseau d’un sculpteur que dans la nature”.

C’est marrant le choix des mots quand même : une étoffe qui “épouse”. Une façon d’annoncer le mariage en salle d’accouchement du chap… oups, j’ai failli l’écrire.

Mon lectorat féminin peut-il m’éclairer sur ce décolleté en coeur qui ne montre rien ? C’est mon niveau de testostérone qui m’aveugle ou c’est un oxymoron ?

* La nuit d’amour à la plage

Slade n’aurait jamais cru qu’une femme puisse avoir tant à offrir. Il avait découvert dans ses bras des nuances de plaisir infinies”. Plus bas, même page, retenez bien ce détail : “Après une nuit passée à faire l’amour et à ne s’arrêter que pour reprendre haleine, ils s’étaient quittés à l’aube, avec la certitude que ce qu’ils venaient de vivre allait devenir le joyau de leur mémoire”.

En vrac :

- Passons sur le “joyau de leur mémoire”, parce que des figures de style comme celle-là, il y en a toutes les trois pages.
- « Ne s’arrêter que pour reprendre haleine » A quand l’apparition du concept de période réfractaire dans la collection Harlequin voire dans la fiction tout court ?
- On est en 1996 (en 8 avant Facebook si vous préférez) mais au petit matin, ils se quittent sans se laisser de quoi se contacter ?
- Quelle cruauté pour la fidèle cliente qui achète son Harlequin en même temps que les Félix de son chat, son paquet de Saint-Michel sans filtre, ses douze bouteilles de Gordon pour le week-end et son billet Euromillions : elle est obligée de faire appel à son imagination pour les « nuances de plaisir infinies ». Ou bien, souhaitons-lui, à sa mémoire.

* La fin du chapitre :

L’infirmière ouvrit la porte de verre dépoli et disparut.”

(à suivre)

flattr this!

{ 2 comments }

Safari à Marakunda : Harlequinade 2009

by Baudouin Van Humbeeck on 5 août 2009

harlequinade 2009

Le concept des

* La première phrase : “Jenna Saint-Clair s’arrêta quelques instants sur le palier du premier étage pour vérifier sa tenue dans le grand miroir mural.”

Dès cet incipit qui évoque les plus belles pages du catalogue Ikea, la lectrice (et votre serviteur) devine que cette pouffe est une fashion-victime. Vers la page 110, ça se vérifie : elle est au fond de la jungle, elle a été obligée d’abandonner la Range Rover, elle vient de fuir un feu de brousse mais… elle découvre miraculeusement des fringues de rechange au fond de son sac de couchage.

* L’homme : “Elle le devinait grand, puissant. Son attitude nonchalante évoquait à la jeune femme la pose indolente d’un félin au repos”.

Avec de pareils indices, comment ne pas détecter dans cette description que le guide de safari même pas mal rasé est un en réalité un ancien banquier irlandais qui a pris le large après une sombre histoire dans laquelle il est mystérieusement blanc comme neige ?.

* Un début de chapitre : La couleur du ciel, ce matin, évoquait l’or pur.

Dans cette image puissante, Anna James indique au lecteur le thème dominant du rebondissement spectaculaire : tout ça n’est qu’une histoire d’argent et de trafic d’armes.

* Le bisou : “Jenna, je crois que je vais être obligé de vous embrasser… murmura -t- il”.

On sent chez Anna James une rage dialoguatoire contenue, un art de la formule inédite. Pareille concision, pareil appel au paradoxal “obligé” remet en question et en une seule phrase tous les paradigmes relationnels depuis Kant et Kierkegaard. Un auteur d’exception au sommet de son art…

* La scène “ils passent à l’acte”

Elle était radieuse, plus belle et désirable que jamais. Et nue… Dans la fièvre de leur étreinte, le drap d’éponge qui l’enveloppait s’était dénoué et avait glissé sur la mousse, dévoilant ses seins adorables, son ventre clair, ses hanches doucement galbées, ses jambes longues, élancées. Enfin, elle lui offrait sa nudité, émouvante, pudique et provocante.

Notons les efforts que fait Anna James pour laisser à notre imagination la couleur et la marque du drap d’éponge, laissant la lectrice fasse à une interrogation métaphysique vertigineuse : “où se procurer le même ?”

La dernière phrase : “Avec un sourire énigmatique, Karl murmura “Moi si, Jenna…

collection-harlequin-safari-4eme

On l’aura compris en lisant ces quelques extraits : la condition de l’homme blanc en Afrique noire, les difficultés à retrouver une cité antique à l’heure du satellite et la coupe de cheveux optimale pour affronter un safari quand on est une actrice à la recherche de la tombe de son père sont les thèmes centraux de ce texte fort. N’ayons pas peur des mots, l’histoire de la littérature mondiale se divise en deux périodes : avant “Safari à Marakuda” et après “Safari à Marakuda”.

flattr this!

{ 1 comment }

Chère Libre Belgique,

by Baudouin Van Humbeeck on 27 juillet 2009

…tu es le journal dans lequel j’ai appris à lire. Tu m’as accompagné pendant des années. Tu connais l’adage « qui aime bien châtie bien » ? Figure-toi que je t’aime bien…

Les chiffres de vente de la presse écrite suivent peu ou prou la même pente que les actions Fortis l’automne passé ? Pas étonnant si toutes les actions commerciales du secteur sont aussi bien torchées que ce mailing :

mailing-la-libre-belgique-mini

(PDF – full size 12 Mb)

mailing-la-libre-belgique-adresse-skitch

Commençons par cet inquiétant Alzheimer : à la première ligne le système de mailing sait que je m’appelle « Monsieur ». Vient ensuite un numéro de référence poétique comme une directive européenne sur les quotas laitiers. Et deux lignes après cette formule de politesse sexuellement correcte, c’est le drame : « Chère Madame, Cher Monsieur, ». Tant qu’on y est : si la bonne vieille technique du « citer le nom de la personne dans le corps du texte » n’est pas disponible sur votre imprimante, je peux vous louer la mienne pour 27,08 euros par mois si vous voulez…

mailing-la-libre-belgique-demande

L’accident industriel survient dans le premier paragraphe du corps du texte. « votre récente demande » Quelle demande, les gars ? Sur un stand de foire ou de salon ? Via votre site web ? Par téléphone ? Télépathie ? Vous avez acheté mon nom dans un fichier ?

Toi bien ouvrir oreilles. Moi pas souviendance avoir fait demande recevoir journal pas sports Le Hodey Brothers un mois recevoir. Toi comprendre ou moi devoir expliquer différent ?

Il est parfaitement possible, avec la bonne carotte agitée sous mon nez, que j’aie accepté que mon nom et mon adresse figurent dans votre fichier. Il est totalement impossible que j’aie demandé un mois de journal en papier dans ma boîte aux lettres. Mon facteur a le dos fragile. Le Vlan suffit à recueillir mes épluchures légumières. Votre journal est périmé à la secondes où il sort de l’imprimerie, parfois même avant. Vous avez un site web. Dans un monde où l’info voyage via Twitter, qu’est-ce que je foutrais d’un abonnement à votre canard ? De plus, c’est pas comme si le mois d’août s’annonçait riche en actualité palpitante…

Lors de la réunion débriefing de cette campagne, pourriez-vous demander de ma part à l’auteur du texte pourquoi rien, mais alors là rien ne vend La Libre. Pas une ligne qui me permette de savoir que vous êtes (étiez ?) un quality paper. Vous doutez à ce point de votre avenir que vous oubliez de faire votre propre éloge ?

mailing-la-libre-belgique-quotidien

Last but not least, je ne sais vraiment pas quoi Penser de cette majuscule qui Apparaît en plein Milieu d’une phrase. Si vous avez une si haute idée de votre Quotidien, pourquoi essayer de le vendre d’une façon aussi pathétique ?

flattr this!

{ 22 comments }

@20090712 002

…ce magnifique objet protègera efficacement vos compagnons à quatre pattes la prochaine fois que vous tomberez en panne sur l’autoroute du Soleil. Taillé dans une matière somptueuse, il se lave facilement en machine. Les tests du professeur Jean-Luc Varenne de la Milcamps University ont démontré que le jaune est la couleur préférée des chiens ! N’hésitez pas ! Envoyez votre commande par mail à teleachat@retiendra.com. Mieux ! Commandez par téléphone au 0488 161 806 pour commander votre gilet de sécurité pour chiens ! Disponible en plusieurs tailles, le gilet de sécurité fluo pour chiens : le cadeau idéal pour votre meilleur ami à poils. Call now ! De l’extérieur du ring : +32 488 161 806 ! Et si vous dites “Messancy” au lieu de “Allo”, les frais de port sont offerts ! Pourquoi hésiter ? 0488 161 806 !

(Flo : oui, oui, tu m’as inspiré.)

Edit : la première commande a mis presque un an à arriver :

Bonjour Messieurs,
Je suis intéressée par 2 vestes Fluo pour mes 2 grands chiens
Pourriez-vous m’indiquer le prix unitaire T.T.C. ainsi que les frais de port pour l’envoi des vestes
Au plaisir de vous lire
Cordialement
[Prénom, Nom]

flattr this!

{ 3 comments }

Le projet B.S. : 7 choses qu’il n’est pas

by Baudouin Van Humbeeck on 20 juin 2009

projet BS

Le projet B.S. n’est pas..

  1. - un cache-sexe pour « Bull Shit », « Barbara Streisand »… (Mais alors… quoi ?) ;
  2. - un moyen d’avoir sa tête en couverture du Vif (merci qui ? merci le Crédit Agricole ! ) ;
  3. - un moyen de ne pas mettre les pieds chez Waterstone (Hello Ian ! Heard from Géraldine lately ?) ;
  4. - un moyen de mettre les pieds chez Waterstone et de sortir les mains vides et le portefeuille intact (plutôt l’inverse à vrai dire) ;
  5. - un remède contre la schizophrénie (plutôt l’inverse à vrai dire) ;
  6. - une activité engendrant la morosité chez ceux qui produisent le projet B.S. et – fingers crossed – chez ceux qui seront amenés à le déguster ;
  7. - un moyen de se procurer un HTC Magic gratuit.

Ca, c’est que le projet B.S. n’est pas. Mais alors… qu’est-ce que c’est le projet B.S. ?

flattr this!

{ 1 comment }

Work in progress / INUVDLB03

juin 1, 2009

On travaille sur un projet qui a priori n’a rien à voir, on se lève à 5 heures du matin un dimanche de Pentecôte parce qu’on est démangé par le besoin de mener à pied et in situ un peu d’enquête, un peu d’investigation (c’est la vie de Candy) dans ce dossier qui n’a, a [...]

0 comments Read the full article →

Magritte : que du bonheur !

mai 30, 2009

Un grand merci du fond du coeur aux dizaines (au moins) de visiteurs de l’inauguration du Musée Magritte à qui j’ai tendu un « Ceci n’est pas un journal » avec des airs de conspirateurs. A 98%, ils ont joué le jeu de ces micro-impro. Comme il est dit dans « Les tontons flingueurs » : y a de [...]

2 comments Read the full article →

Comment lancer un livre ? (Fortis jusqu’au bout, Modrikamen, Luc Pire)

mai 25, 2009

Chère Liliane (?) de la veille Internet de BNP-Paribas-Fortis, tu seras peut-être intéressée d’apprendre que « Fortis jusqu’au bout« , le livre de Me Modrikament a été présenté à la presse aujourd’hui par son éditeur. Le texte est d’environ 200 000 signes et le premier tirage s’écrit avec quatre chiffres. Une moitié de ce texte a été [...]

0 comments Read the full article →